Souvent, en sortant de la P2, on oublie qu'au delà de la théorie, de la physique-chimie et des stats, il y a la pratique. C'est assez courant que des étudiants abandonnent une fois le concours en pôche. On ne s'imagine pas forcément l'ampleur de la chose. Un patient est quelqu'un de malade, donc fatigué, inquiet, parfois agressif mais aussi déprimé. Je crois que ce que m'a le plus frappé, ce sont les patients en fin de vie.
En tant que médecin, les patients attendent de nous que l'on puissent les sauver, les guérir. Ils enlèvent le masque "mais non, tout va bien" puis nous dévoiler leurs inquiétudes et leurs symptomes. Leur regard est différent que celui qu'ils adressent à une infirmière.On y ressent toute notre responsabilité.
J'ai beau n'être qu'une petite étudiante de rien du tout, il n'empêche que je la sens cette pression. Alors quand on ne peut plus rien faire pour eux, c'est au médecin d'en endosser la responsabilité et de l'annoncer.
Il y a ce patient, que j'ai rencontré lorsque j'ai travaillé comme aide-soignante (j'y reviendrai), qui avait 5 cancers. Oui, sur une même personne, à l'âge de 65ans. Il est passé par tous les stades bien connus: la colère, le déni, la dépression... J'ai assisté à toutes étapes. Comment le rassurer? Faut-il lui dire qu'il s'en sortira alors que je n'en sais rien du tout parce que je ne suis pas médecin? Comment réconforter une personne que l'on ne connait pas, et qui n'a pas de visites de sa famille?
Je ne me suis pas enfuie, je suis restée ce matin où il m'a avoué de ne plus avoir le courage de venir. J'avais les bras ballants, je ne savais pas quoi dire. Je l'ai juste laissé parler, j'ai posé quelques questions... Je suis restée 45 minutes dans cette chambre, en ignorant mes collègues AS qui étaient pressées. Je n'ai rien fait, je l'ai tout simplement écouté. Il semblait aller mieux quand je suis partie.
Un jour, j'aimerais savoir mieux gérer ce genre de situations.
Un an avant:
En début d'année de P2, durant mon stage à l'hôpital, mon petit groupe de jeunes bizuths et moi a rendu visite à un patient de 70 ans, en fin de vie(=> il sait donc qu'il va bientôt mourrir de maladie). Allité dans son lit, la peau fripée, ammaigri, la peau jaune-orangée (il est ictérique), il l'avait l'air, déjà, d'un cadavre.
Quand le médecin lui a demandé comment il allait, il a répondu "Je suis mort, docteur". Il semblait si calme quand il l'a dit mais, on sentait quand même la peur sous ses propos. Le médecin l'a interrogé sur pourquoi il se sentait mort, et le patient a énuméré: "Des pensées négatives, je ne sens plus mon corps vivre,... Etc". A vrai dire, je n'écoutais qu'à moitié, je me sentais déjà mal. Une envie de vomir et de m'enfuir que j'essayais de combattre en me concentrant sur le mobilier et la vue de la chambre. C'était comme si l'énorme nuage noir qui entourait cet homme s'étendait à nous, les étudiants et le médecin, comme un trou noir dont on se sent aspiré et, une fois dedans, on ne voit plus la lumière.
J'étais vraiment mal. Je ne sais pas ce qui m'a mise dans cet état: le dégout dû à son apparence cadavérique? Le fait qu'il était si attachant lorsqu'il parlait? La peur de la mort? Peut être de les trois.
Ensuite le médecin lui a apporté des faits positifs sur comment vivre sa vie, soit-elle bientôt finie. Elle était impressionante, le regardait droit dans les yeux. Moi, j'avais toujours cette nausée quand j'en reparlais, des semaines après. Elle nous a ensuite pris à part, nous les étudiants, pour nous expliquer comment accompagner les patients à leur rythme et nous rassurer. Mais elle ne m'a pas enlevé cette nausée.
Il m'a fallu du temps pour arriver à y repenser, et pour que la nausée disparaisse. Je suis peut être trop sensible, et qu'il faudra que je devienne plus forte. En tout cas, en un an, je sens ce détachement vis-à-vis des patients devenir un automatisme.
Etudiante en troisième année de médecine, je vais vous raconter mon quotidien à la fac et à l'hôpital.
jeudi 20 octobre 2011
mercredi 12 octobre 2011
Souvenirs de stage de P2. Part 1: le service de gynéco.
Ah la deuxième année de médecine*, l'année dont rêvent tous les PACES: alcool à foison, sexe à déraison, partiels obtenus en travaillant très peu, du temps libre à ne plus savoir quoi en faire...
Je ne briserai pas ici tous leurs espoirs hihi.
Je vais plutôt vous parler d'un de mes stages de l'année dernière. Dans ma fac**, les stages se faisaient (eh oui ça a déjà changé) une matinée une fois par semaine, toute l'année. Dans trois services sur toutes l'année.
J'étais en stage en gynéco pendant un mois et demi.
Je me rapelle avoir trouvé que ce service était vraiment fascinant. Il est assez différent des autres dans le sens que la moitié des patient(e)s ne sont pas là parce qu'ils sont malades, juste enceintes.
Le premier jour, je suis allée en salle des naissances et là, c'était magique. J'ai assisté à un accouchement voie basse et à une césarienne. Je ne m'attendais pas à être autant émue lors de la césarienne. On dirait une opération chirurgicale comme les autres sauf que, entre les organes, il y a un bébé! Le miracle de la vie!
J'ai pas mal tourné. Après la salle des naissances, les consultations (gynéco, obstétrique...) et enfin le bloc.
Je me rappelle d'une matinée durant laquelle j'étais en consultation, plus particulièrement en PMA (Procréation Médicalement Assistée). Il s'agit donc de couples qui désirent êtres parents mais qui n'y arrivent pas.
C'était très intéressant. Il y avait vraiment tous les types de couples. Et j'ai aussi beaucoup étudié les réactions du médecin.
Le premier, ils avaient tous les deux 40 ans, s'étaient rencontrés deux auparavant. Première fois qu'ils venaient, ils étaient plein d'espoir.
Le second, elle 35, lui 40. Elle avait l'air beaucoup plus impliquée qe lui dans ce projet: elle était assise très près du bureau alors que lui, sa chaise était largment en retrait derrière elle.
Le troisième, elle 37, lui 25. Lui, tout va bien mais elle, son âge se fait clairement ressentir.
Le quatrième, tous les deux 33 ans. Et ça fait 6 ans qu'ils essaient d'avoir un enfant. Ils ont changé trois fois de médecin. Premier rendez-vous avec ce médecin là. Lorsqu'il a un peu creusé "Et sinon, psychologiquement, ça va?", elle a fondu en larmes. L'attente est trop dure. Puis elle nous a parlé de son passé tumultueux. Le médecin suspecte une cause psychologique enfouie qui serait à l'origine de cette incapacité à concevoir. Il l'a donc envoyée chez une psy.
Le cinquième couple, ils sont venus avec leurs jumeaux, issus d'une procréation assistée. Ils désirent un autre enfant.
Les examens demandés sont souvent les mêmes: spermogramme, hystéroscopie, hystérographie, échographie... Etc. Et en fonction du cas de chacun, insémination ou FIV.
Je n'en ferait pas mon métier mais j'ai bien aimé assister à ces consultations. Le médecin fesait preuve d'un grand charisme. Il savait rassurer chaque couple en leur disant bien de ne se pas se mettre la pression, mais de faire tout reposer sur lui. Et à chaque fois, ils semblaient soulagés. L'envirronement est très important pour la conception. Si les rapports deviennent trop mécaniques, les chances de concevoir diminuent.. Et lui, il savait les rassurer et leur redonner espoir.
Ah et cette matinée aux urgences gynécologiques! J'imaginais des bébés hurlants, des femmes éventrées ou des accouchements en urgence. Ouais bah ce jeudi matin là, j'étais bien déçue. Juste des patientes qui n'avaient pas envie d'attendre une consultation gynéco en ville. Mais j'en garde un très bon souvenir.
J'ai suivi une interne formidable qui m'a fait faire plein de choses: pose d'un spéculum, toucher vaginal... Vraiment, une personne éveillée, ça n'a rien à voir avec un mannequin. Surtout, ne pas avoir l'air terrorisée!
Une patiente en particulier venait pour des saignements en tout début de grossesse, 4ème semaine d'aménorhée. Elle était un peu tendue mais pas plus que ça, elle s'était préparée au pire: une éventuelle fausse couche. Après un bref interrogatoire, l'interne lui a fait passé une échographie. Alors qu'elle parcourait l'abdomen de la patiente à la recherche de son utérus, elle faisait des commentaires "Alors là, tu vois, c'est l'endomêtre, ça c'est son col... Etc.".
A un moment, j'ai demandé "Et ça, c'est quoi cette tâche foncée?". L'interne est restée muette quelques secondes puis a tourné l'écran vers la patiente et lui a dit "Vous voyez, cette tâche, c'est le sac gestationnel qui contient peut être un embryon". La patiente a retenu son souffle pendant que l'interne ne pipait mot et appuyait sur des boutons avant de dire "Et là, vous voyez ce clignonement, pas plus grand qu'un millimêtre? C'est le coeur de votre bébé qui bat".
La patiente a immédiatement fondu en larmes. C'était juste incroyable. Un si petit être de quelques milimètres a un coeur qui bat. Elle était si bouleversée qu'elle avait toujours les larmes aux yeux en sortant de la salle d'examen.
C'est vraiment le genre de consultation qui vous donne le sourire.
C'était un très bon stage avec une super prise en charge des stagiaires, des cours très intéressants faits par les chefs de service et un apprentissage de gestes techniques! C'est rare en P2.
*Apparement, on ne dit plus PCEM2 ou P2 mais DGFSM2. Haha voilà qui est très poétique et facile à prononcer.
**L'organisation des stages changent vraiment beaucoup en fonction des facs en deuxième et troisième année, c'est assez surprenant.
Je ne briserai pas ici tous leurs espoirs hihi.
Je vais plutôt vous parler d'un de mes stages de l'année dernière. Dans ma fac**, les stages se faisaient (eh oui ça a déjà changé) une matinée une fois par semaine, toute l'année. Dans trois services sur toutes l'année.
J'étais en stage en gynéco pendant un mois et demi.
Je me rapelle avoir trouvé que ce service était vraiment fascinant. Il est assez différent des autres dans le sens que la moitié des patient(e)s ne sont pas là parce qu'ils sont malades, juste enceintes.
Le premier jour, je suis allée en salle des naissances et là, c'était magique. J'ai assisté à un accouchement voie basse et à une césarienne. Je ne m'attendais pas à être autant émue lors de la césarienne. On dirait une opération chirurgicale comme les autres sauf que, entre les organes, il y a un bébé! Le miracle de la vie!
J'ai pas mal tourné. Après la salle des naissances, les consultations (gynéco, obstétrique...) et enfin le bloc.
Je me rappelle d'une matinée durant laquelle j'étais en consultation, plus particulièrement en PMA (Procréation Médicalement Assistée). Il s'agit donc de couples qui désirent êtres parents mais qui n'y arrivent pas.
C'était très intéressant. Il y avait vraiment tous les types de couples. Et j'ai aussi beaucoup étudié les réactions du médecin.
Le premier, ils avaient tous les deux 40 ans, s'étaient rencontrés deux auparavant. Première fois qu'ils venaient, ils étaient plein d'espoir.
Le second, elle 35, lui 40. Elle avait l'air beaucoup plus impliquée qe lui dans ce projet: elle était assise très près du bureau alors que lui, sa chaise était largment en retrait derrière elle.
Le troisième, elle 37, lui 25. Lui, tout va bien mais elle, son âge se fait clairement ressentir.
Le quatrième, tous les deux 33 ans. Et ça fait 6 ans qu'ils essaient d'avoir un enfant. Ils ont changé trois fois de médecin. Premier rendez-vous avec ce médecin là. Lorsqu'il a un peu creusé "Et sinon, psychologiquement, ça va?", elle a fondu en larmes. L'attente est trop dure. Puis elle nous a parlé de son passé tumultueux. Le médecin suspecte une cause psychologique enfouie qui serait à l'origine de cette incapacité à concevoir. Il l'a donc envoyée chez une psy.
Le cinquième couple, ils sont venus avec leurs jumeaux, issus d'une procréation assistée. Ils désirent un autre enfant.
Les examens demandés sont souvent les mêmes: spermogramme, hystéroscopie, hystérographie, échographie... Etc. Et en fonction du cas de chacun, insémination ou FIV.
Je n'en ferait pas mon métier mais j'ai bien aimé assister à ces consultations. Le médecin fesait preuve d'un grand charisme. Il savait rassurer chaque couple en leur disant bien de ne se pas se mettre la pression, mais de faire tout reposer sur lui. Et à chaque fois, ils semblaient soulagés. L'envirronement est très important pour la conception. Si les rapports deviennent trop mécaniques, les chances de concevoir diminuent.. Et lui, il savait les rassurer et leur redonner espoir.
Ah et cette matinée aux urgences gynécologiques! J'imaginais des bébés hurlants, des femmes éventrées ou des accouchements en urgence. Ouais bah ce jeudi matin là, j'étais bien déçue. Juste des patientes qui n'avaient pas envie d'attendre une consultation gynéco en ville. Mais j'en garde un très bon souvenir.
J'ai suivi une interne formidable qui m'a fait faire plein de choses: pose d'un spéculum, toucher vaginal... Vraiment, une personne éveillée, ça n'a rien à voir avec un mannequin. Surtout, ne pas avoir l'air terrorisée!
Une patiente en particulier venait pour des saignements en tout début de grossesse, 4ème semaine d'aménorhée. Elle était un peu tendue mais pas plus que ça, elle s'était préparée au pire: une éventuelle fausse couche. Après un bref interrogatoire, l'interne lui a fait passé une échographie. Alors qu'elle parcourait l'abdomen de la patiente à la recherche de son utérus, elle faisait des commentaires "Alors là, tu vois, c'est l'endomêtre, ça c'est son col... Etc.".
A un moment, j'ai demandé "Et ça, c'est quoi cette tâche foncée?". L'interne est restée muette quelques secondes puis a tourné l'écran vers la patiente et lui a dit "Vous voyez, cette tâche, c'est le sac gestationnel qui contient peut être un embryon". La patiente a retenu son souffle pendant que l'interne ne pipait mot et appuyait sur des boutons avant de dire "Et là, vous voyez ce clignonement, pas plus grand qu'un millimêtre? C'est le coeur de votre bébé qui bat".
La patiente a immédiatement fondu en larmes. C'était juste incroyable. Un si petit être de quelques milimètres a un coeur qui bat. Elle était si bouleversée qu'elle avait toujours les larmes aux yeux en sortant de la salle d'examen.
C'est vraiment le genre de consultation qui vous donne le sourire.
C'était un très bon stage avec une super prise en charge des stagiaires, des cours très intéressants faits par les chefs de service et un apprentissage de gestes techniques! C'est rare en P2.
*Apparement, on ne dit plus PCEM2 ou P2 mais DGFSM2. Haha voilà qui est très poétique et facile à prononcer.
**L'organisation des stages changent vraiment beaucoup en fonction des facs en deuxième et troisième année, c'est assez surprenant.
Premier message.
Bon, voilà je me lance.
Pendant mes années lycée, j'en ai parcouru des blogs d'étudiant(e)s en médecines et même de médecins, impatiente que j'étais de me lancer dans les études médicales.
Et voilà c'est mon tour.
Parlons un peu de moi.
Je suis en troisième année de médecine, à l'âge de 20ans. J'ai passé le concours juste avant la réforme du PACES avec la merveilleuse pression "si je redouble, le programme sera très différent, j'aurai très peu d'avantages vis-à-vis des primants". SUPER. Mais voilà, je l'ai eue du premier coup cette foutue année. J'y reviendrai plus en détails dans d'autres posts.
Pourquoi commencer un blog?
Pour plusieurs raisons. Déjà j'adore mes études (orientation professionelle par vocation? Je ne sais pas, ce mot me fait peur) donc j'ai toujours envie d'en parler. Puis, je trouve qu'on parle assez peu de la P1, la P2 et de la D1 sur la blogosphère alors j'ai eu envie de réhabiliter ça.
C'est parti!
Pendant mes années lycée, j'en ai parcouru des blogs d'étudiant(e)s en médecines et même de médecins, impatiente que j'étais de me lancer dans les études médicales.
Et voilà c'est mon tour.
Parlons un peu de moi.
Je suis en troisième année de médecine, à l'âge de 20ans. J'ai passé le concours juste avant la réforme du PACES avec la merveilleuse pression "si je redouble, le programme sera très différent, j'aurai très peu d'avantages vis-à-vis des primants". SUPER. Mais voilà, je l'ai eue du premier coup cette foutue année. J'y reviendrai plus en détails dans d'autres posts.
Pourquoi commencer un blog?
Pour plusieurs raisons. Déjà j'adore mes études (orientation professionelle par vocation? Je ne sais pas, ce mot me fait peur) donc j'ai toujours envie d'en parler. Puis, je trouve qu'on parle assez peu de la P1, la P2 et de la D1 sur la blogosphère alors j'ai eu envie de réhabiliter ça.
C'est parti!
mercredi 21 septembre 2011
Inscription à :
Articles (Atom)